Mon voyage dans la lune
02 novembre 20263 minutes
Mon voyage dans la lune
02 novembre 20263 minutes
Je me souviens, comme si c’était hier, du premier pas de l’homme sur la lune, de l’image pixelisée, de l’empreinte de cette grosse Moon boot sur un sol poussiéreux. A l’époque la conquête de l’espace battait son plein ainsi que les films et séries de voyages dans de lointaines galaxies ou de rencontres improbables. Et puis l’intérêt s’est tari mais je continuer à rêver que, moi aussi, un jour, j’irai sur la lune. Avec l’âge cela devenait de moins en moins probable au vu des performances physiques exigées ! Et puis les états ont lâché l’affaire, les entreprises privées ont repris le défi et, rentabilité oblige, ont commencé à proposer aux « civils » des expériences : vols en apesanteur dès le début du vint et unième siècle, puis, quelques années plus tard, séjours « touristiques » dans l’une des stations orbitales et, enfin, depuis l’année dernière, voyage dans la lune ! Mon rêve de toujours devenait accessible ou, pour être plus exact, techniquement accessible parce que financièrement évidemment … J’ai participé à tous les concours ou autres loteries offrant une chance (mais une chance sur combien ?) d’atteindre mon objectif. Et j’ai gagné. Précisément je suis arrivée deuxième au grand concours international « Méliès foerever », mais le premier est mort en direct d’un infarctus en apprenant le résultat. Je n’ai pas réussi à compatir, j’étais trop heureuse ! Les progrès en spatiologie sont tels que l’entraînement se résume à savoir enfiler la combinaison et à se déplacer avec. C’est en grande pompe et bombardé de spots publicitaires, plus que pour la finale du super bowl, que le départ a été diffusé dans le monde entier. J’étais devenue connue et égérie des produits anti-ride et autres palliatifs à la vieillesse et je m’en fichais. J’étais sur un petit nuage, un sourire de ravi de la crèche en permanence sur le visage, ce qui n’avait pas vraiment d’importance puisque ma figure était dissimulée par le casque intégral.
Et c’est arrivé.
La poussée qui nous a expulsés de l’atmosphère terrestre, atténuée par des techniques innovantes, n’était pas si terrible. Désormais la fusée tournoyait sans bruit dans le vide intersidéral. Toutes les quatre minutes et vingt-trois secondes je contemplais la terre. Réellement la planète bleue, exactement comme dans les films et les documentaires mais en vrai ! J’étais émue de façon indescriptible, une tendresse infinie pour ma planète qui, inexorablement, s’éloignait. Le trajet durait presque trois jours avant d’atteindre la Lune. Elle ne me fit pas du tout le même effet. Peut-être à cause des industries et entrepôts qui couvraient sa surface, peut-être à cause de son aspect poussiéreux, le même qu’en mille neuf cents soixante-neuf. La fusée largua les containers qu’elle avait véhiculés jusque là et fit demi-tour. Et déjà nous retournions vers la Terre, je me régalais à nouveau des vues variées ; l’hémisphère sud, l’un des pôles, une tornade gigantesque et trop vite, la cartographie des continents, les toiles d’araignée lumineuses des mégalopoles … Et la rentrée dans l’atmosphère où, il faut bien le reconnaître, j’ai perdu connaissance. Le module habitable et réutilisable s’est posé en douceur à Cap Canaveral.
C’était déjà fini.
Pendant quelques jours, j’ai déprimé, envie de rien. Le contrecoup sans doute. Et je savais que je n’aurai pas d’autres occasions. Mais les journalistes m’ont interviewée et les écoles m’ont invitée et j’ai pu revivre et partagé cette extraordinaire expérience. Maintenant j’écris un livre en collaboration avec des scientifiques, illustré d’images superbes. J’apporte le regard émerveillé de la petite fille qui se souvient du premier pas sur la lune.