Un amour d'enfance
10 janvier 20264 minutes
Un amour d'enfance
10 janvier 20264 minutes
La première entrée est traumatisante ! Pour moi toujours, qui n'avait jamais quitté les jupes de ma maman, traductrice à la maison. On disait que j'étais sauvage et c'est vrai que je ne cherchais pas à copiner près du bac à sable. Alors en ce début septembre, tous ces enfants autour de moi, dont une grande partie pleurait à gros sanglots, m'effrayaient et je reculais doucement jusqu'à heurter un petit blondinet silencieux. Nous échangeâmes un regard, déjà complice, et main dans la main, nous rejoignîmes le coin des puzzles où nous nous occupâmes côte à côte sans échanger un mot. Les adultes s'affairaient à calmer les pleurnicheurs et nous laissaient tranquilles. A midi, maman vint me chercher et je pensais en avoir fini avec l'école et je découvris, avec horreur, que pas du tout ! Je devais y aller tous les matins. Heureusement je retrouvais Charles. Nous avions tous les deux beaucoup de mal avec les activités collectives alors que nous étions rapides avec les gommettes, les peintures et autres exercices individuels. Aussi nous étions souvent laissé à jouer pendant que les autres recommençaient ou corrigeaient leurs activités. Nos mamans finîmes par faire connaissance et nous nous fréquentâmes en dehors de l'école. Nous devenions très proches, peu bavards, nous construisions des tours de cubes, jouions à la dinette ou aux voitures et toujours les puzzles notre grande passion. L'année suivante, nous fûmes à nouveau dans la même classe mais les maîtresses s'inquiétaient de notre amitié parce qu'ils la jugeait exclusive et c'est vrai que nous ne nous mêlions pas aux autres, ni à leurs jeux, ni à leur disputes. Maman m'informa que Charles allait déménager pendant les vacances de la Toussaint et que je ne le verrais plus. Je crus qu'un déménagement était une maladie comme la varicelle et j'attendis qu'il revint. A la reprise scolaire, l'institutrice fut plus explicite, elle en profitait pour introduire du vocabulaire : cartons, camion, appartement, maison... et je compris. Comme d'habitude, je restais silencieuse mais pas inactive et trois jours plus tard ayant bien mémorisé le nom de Strasbourg et rempli mon sac de biscuits et d'une gourde d'eau, je quittai l'école en ayant prétexté une envie d'aller aux toilettes et je me dirigeais d'un pas décidé vers le soleil (Strasbourg est à l'est du côté où le soleil se lève, maman me l'avait expliqué).
Me voici devenue maman, à mon tour, je travaille à l'extérieur, dans les jardins. Mon mari, lui est souvent en déplacement, dans le domaine de l'automobile. Là, tout de suite, je suis en congé de maternité de mon petit Léo et j'accompagne Annabelle, mon aînée pour son entrée en maternelle. Elle est très sociable, naturellement et aussi suite à trois années de collectivité en crèche. Maintenant la première rentrée s'étale sur plusieurs jours pour éviter trop de pleurs et les parents sont invités à entrer dans la classe et à la découvrir avec leur enfant. Les souvenirs reviennent en rafale et comme dans un état second, je me dirige vers les puzzles, en bois comme il y a trente ans ! Ma fille m'a lâché la main et "discute" avec ses camarades de crèche. Un petit blondinet timide suce son pouce et ne lâche pas la main de … Charles ! Je me relève et nos regards se croisent, se perdent, en un instant nous retrouvons notre complicité muette. Le monde disparait autour de nous. Il faut qu' Annabelle m'attrape les jambes pour que je réagisse. Les autres parents sont partis et il semble que la maitresse nous ait parlé. Embarrassés nous quittons la classe. Ma file a pris en main le fils de Charles, et, un bras protecteur autour de ses épaules elle l'entraîne vers l'aire de regroupement où les autres enfants sont déjà assis. Une fois sortis, toujours sans un mot nous marchons côte à côte jusqu'au café du village où nous commandons d'une même voix un café. Nous sommes bien, simplement bien, dans notre bulle de silence. Il paye pour nous deux et nous reprenons nos véhicules. Je note le message sérigraphié indiquant les coordonnées de son atelier de menuiserie et je sais qu'il note mon logo de paysagiste. Avec un dernier sourire, nous nous séparons. mais bien sûr, nous savons que nous nous reverrons.