Encore quelques voeux à écrire, je prends la carte suivante : un paysage hivernal avec des patineurs et en arrière plan un bonhomme de neige entouré d'enfants. Ce bonhomme de neige me sourit de toutes ses dents de cailloux. Au dessus de sa carotte de nez, deux yeux noirs contiennent une sagesse insondable. Tous les hivers sont contenus dans ces boutons luisants, les hivers froids et neigeux, les hivers humides et pluvieux, les hivers chaleureux autour d'un feu, les hivers désolés, isolés...
Mais aussi les printemps où tombés à terre les boutons-yeux contemplent le ciel devenu bleu, les pousses vert tendre, les bourgeons qui bientôt éclatent de couleurs pastel qui s'intensifient, qui virent aux fruits. Les rires des enfants, le pas des promeneurs, le passage d'un chien. Et déjà l'automne est là, la palette des ocres, des rouilles et des ors s'effeuille sur le chemin. Le craquement joyeux des feuilles sèches, le clapotis de la pluie dans les flaques… Le silence : les flaques ont gelé, la neige est tombée. Le paysage est devenu noir et blanc. Noir comme les yeux-boutons.