Les pêcheurs de perles
20 février 20162 minutes
Les pêcheurs de perles
20 février 20162 minutes
Je me souviens du jardin de ma grand-mère où nous déroulions, mes cousins et moi, d'improbables aventures.
Une fois, nous dûmes traverser une forêt hostile de bambous. Les pêcheurs de perles voulaient notre peau ! Nous avions été capturées par des pirates vénitiens. Sur leur magnifique caravelle, les fêtes se succédaient, les costumes et les masques étaient féeriques. Je portais une tenue argentée, du masque léger à la robe à large crinoline, du corsage serré aux escarpins incrustés de pierreries. Ma cousine avait préféré une tenue d'Arlequin. Maintenant, dissimulées par les feuillages de bambous, je trouvais que son choix était plus pertinent ! J'avais déchiré ma robe et jeté la crinoline pour pouvoir me déplacer plus facilement et surtout arrêter de refléter la lune : nous ne voulions pas nous faire repérer ! Ce soir là, les pirates fêtaient leur pillage du pauvre village de pêcheurs de perles lorsque ceux-ci, assoiffés de vengeance, étaient montés à bord. Les voleurs étaient tous ivres et se faisaient massacrés. Dans un sursaut de galanterie, le ténébreux capitaine nous avait poussées dans une chaloupe, avec les perles, et avait tenté de rejoindre la rive. Nous avions échappé aux visions d'horreur, mais les cris d'agonie résonnaient à nos oreilles. Après le carnage, les sombres villageois avaient découvert la fuite du capitaine et la disparition des perles. Au début, nous étions restées pétrifiées à regarder ces formidables nageurs s'approcher de la plage, une machette entre les dents, puis nous nous étions enfuie droit devant nous. Tapies au milieu des bambous, nous attendions leur départ. Les jurons puis les hurlements du capitaine nous apprirent sa mort. Le langage fluide des autochtones nous était inintelligible mais la joie et le triomphe s'y entendaient. Des clapotis et autres bruits d'eau nous firent espérer qu'ils retournaient chez eux. Nous attendîmes quand même le jour pour ressortir de cette providentielle forêt de bambous. J'en profitais pour me fabriquer des sandales plus pratiques que mes escarpins. Je les gardais dans le but de les revendre plus tard. Quand nous atteignîmes la plage au petit matin...
- Colette, Viviane dans quel état êtes-vous ! Ton déguisement de princesse est tout abîmé ! Pourquoi marches-tu sur des écorces de bambous ?
Eblouies, nous clignâmes des yeux : passer d'une sombre jungle balinaise à un paisible jardin de banlieue ensoleillé demande quelques secondes d'adaptation.
- Nous étions poursuivies par des pêcheurs de perles ! Le goûter est prêt ?