Il essaie de saisir à pleines mains un rayon de soleil. Il s'étonne de ne pas y arriver. Il plonge sa menotte dans la lumière et la ressort perplexe. Il examine avec attention et sérieux chaque doigt, la paume et le dos de sa main. Il est déçu : pas le moindre éclat résiduel. Il recommence plusieurs fois son manège sans se décourager. Enfin il se détourne, mais pas par distraction ou désintérêt. Non, il part d'un air déterminé. Je retiens un éclat de rire quand je le vois revenir avec un bol qu'il dépose soigneusement juste à l'endroit où le rayon rencontre le sol. Il se penche avec gravité. Il trempe son index dans le bol pour mesurer le remplissage. A nouveau l'incompréhension se lit sur son visage. Il ramène une feuille de papier, un petit soldat. Il les positionne l'un après l'autre à la place du bol. Je présume que, s'il savait écrire, il prendrait des notes ! J'hésite à intervenir : il est tellement concentré, attentif. J'entends le portail du jardin s'ouvrir et se refermer, les talons font crisser le gravier de l'allée. L'enfant se lève d'un bond, un sourire aux lèvres, il renverse le bol de lumière et se précipite dans le rayon pour disparaître aussitôt. J'imagine un court instant qu'il est parti le long du rayon rejoindre sa planète comme le petit Prince. Mais je sais que sa mère est venue le chercher. Le dimanche de garde se termine. Elle n'entrera pas,et, pour lui plaire, il ne reviendra pas m'embrasser. Je me lève lourdement et ramasse les objets abandonnés. Je ne veux pas aller jusqu'à la fenêtre les regarder s'éloigner. Je me concentre sur le rayon. Si je m'applique vraiment, ce sera moi le petit Prince.