Le clown et la policière
14 février 20153 minutes
Le clown et la policière
14 février 20153 minutes
Il faut que tu saches que tu m'as tapé dans l’œil dès ton arrivée et pourtant malgré mes yeux de merlan frit appuyés et mes pirouettes réitérées pour attirer ton attention, tu restes de marbre. Je sais que cette attitude est purement professionnelle. Depuis que tu fais le pied de grue à l'entrée du chapiteau, tu as bien remarqué que c'est à toi que je fais les yeux doux ! N'est-ce pas, à chaque représentation, toi que j'arrose avec ma fleur en plastique quand je me jette à tes genoux pour déclarer ma flamme ? Crois-le, sous mon nez rouge, se cache un cœur de midinette et je voudrais te conter fleurette. Arrêtons de jouer au chat et à la souris. S'il te plait attends moi après le spectacle. Laisse moi te regarder les yeux dans les yeux et te faire tourner la tête. Je t'aime tant que je saurais te séduire. A tout à l'heure ma douce colombe policière.
Quelques années plus tard, le soir de la saint Valentin :
Il entendit le pas lourd et lent de sa compagne. Elle avait été de service la veille et avec cette histoire de braquage, elle n'était pas rentrée de la nuit. Il savait quelle comptait sur lui pour lui changer les idées et il avait mis le paquet : après tout aujourd'hui c'était la saint Valentin !
Quand il entendit la clé dans la serrure, il sortit la bouteille du réfrigérateur et la posa dans le seau à glace. Au moment où la porte s'ouvrit, une musique de cirque retentit et serpentins et confettis se déversèrent sur la tête de Maryse. Caché derrière la porte et en grande tenue de clown, il attendait les éclats de rire ou au moins un rire ou une réaction... mais pas une conversation ! Plusieurs voix mâles s’exclamaient bruyamment et joyeusement. Des voix d'hommes qui relâchaient la pression :
- T'as bien fait de nous dire de venir !
- Veinarde, t'es accueilli comme ça tous les jours !
- J'aurais dû amener les gosses !
Précipitamment il voulut cacher bouteille et flûtes mais avec ses chaussures immenses et sa déception tout aussi conséquente, il trébucha sur le pied de la table et tout valsa. De longues années d’entraînement lui permirent de rattraper la bouteille d'une main, pousser les flûtes derrière le bouquet de glaïeuls et de renverser le seau sur sa tête. La joie des "invités" et le retour de l'enfance dans leurs yeux rassérénèrent quelque peu Arnaud. Sous les applaudissements, il salua, les invita à s'asseoir et annonça qu'il allait chercher des bières.
Le mobile de l'un des policiers sonna. Celui-ci devint rouge comme une pivoine à la lecture du texto, bredouilla une excuse et s'enfuit. Les trois autres téléphones modulaires leur sonnerie et les trois destinataires s'entre-regardèrent gênés et partirent en désordre aux aussi.
Arnaud revint avec le champagne et s'agenouilla devant Maryse en lui tendant un écrin :
- En ce jour de Saint Valentin, veux-tu m'épouser ?
Maryse éclata en sanglots tout en hochant frénétiquement la tête.
Arnaud lui envoya une giclée d'eau de sa tulipe rouge accrochée au revers de sa veste :
- tu te rappelles ?