Jonquilles
26 avril 20142 minutes
Jonquilles
26 avril 20142 minutes
Mon plus ancien souvenir lié aux fleurs est celui de mon forsythia, c'était officiellement le mien. Il fleurissait dans une explosion joyeuse de soleil au début du printemps puis s'habillait de vert dentelé jusqu'à l'automne. Chaque année je guettais le jaune éclatant qui éclairait la triste cour pavée. Puis, nous avons déménagé.
Le jaune, toujours, mais en corolles, multiples, recouvrant le pré à la Chapelle Saint Géraud.
Comme un pèlerinage, nous y montions tous les ans à Pâques. Certaines années, Pâques tombait tôt, le pré verdissait à peine et la chaîne des Puys était encapuchonnée de neige. Mais la plupart du temps, un tapis jaune, ondulant sous une brise légère, servait de premier plan aux volcans sobres et bruns. Un bouquet, un seul. Pour que tout le monde puisse profiter de la magie éphémère de ces jonquilles. Sans doute étaient-elles broutées par les vaches, mais constantes elles ensoleillaient année après année ce petit village et mes souvenirs. La répétition annuelle de ces images les ont inscrites durablement dans ma mémoire. Je revois ce pré aux jonquilles et nous cinq au bord de la route. Nous avons tous les âges à la fois : enfants rieurs et enthousiastes, ma petite sœur dans les bras de notre père. Un peu plus tard, nous courons comme des fous pendant que maman cueille soigneusement LE bouquet. Papa perd ses cheveux et voûte, son cœur va mal. La joie sur son visage quand les fleurs sont au rendez-vous. Nous sommes là tous les trois, mon frère identifiant les sommets lointains, ma sœur walkman aux oreilles et moi, livre à la main. Une année je n'y suis pas, à cause des zones scolaires. Une autre année nous sommes plus nombreux. Deux voitures ! La famille s'est agrandie. A nouveau de jeunes enfants émerveillés qui découvrent pour la première fois l'exubérance du printemps, personnalisé ici par cette floraison étonnante. L'un des protagonistes ne figure plus sur les derniers instantanés de ma mémoire.
Le souvenir reste lumineux. Je sens l'air encore frais et pourtant déjà plus doux, le sourire des cinq personnages alignés face au pré, face aux Puys, face au printemps.