Le mythe d Ai Apaec

Le mythe d Ai Apaec

La traversée commence lorsque Ai Apaec, à la poursuite du Soleil déclinant, gravit la montagne et vole dans le ciel sur un vautour à tête rouge. Il est accompagné de deux amis, le lézard rusé, toujours prêt à l’aider et le chien tacheté, fidèle compagnon qui lui annonce les dangers et l’introduit dans les différents mondes. Comme être terrestre, il apporte avec lui un trésor du Kay Pacha, le haricot de Lima noir et blanc qui lui servira pour des échanges.
L’envol le conduit jusqu’à la plage où les gardiens de la mer l’attendent sur le rivage. Il a atteint le seuil entre le monde terrestre et le monde marin. Et doit entrer dans le monde d’en bas pour ramener le Soleil et faire revenir la lumière sur Terre.
Près des rochers se trouve le Crabe Géant, connaisseur des secrets de la plage, qui sait marcher dans le sable et se nourrir dans la mer. Lors de cette rencontre, Ai Apaec obtient la force et les aptitudes de ce gardien de la mer : il revêt ses pinces fermes et puissantes pour avancer dans la mer, sachant qu’un long voyage l’attend.
En entrant dans les eaux, il rencontre la Grande Raie, qu’il capture et qui lui transmet la ruse et l’agilité pour avancer rapidement et furtivement dans la mer.

Sous l’écume des vagues, il rencontre l’Homme-Oursin, gardien protégé par des épines acérées et menaçantes. Il porte un bijou dont Ai Apaec a besoin : l’ornement du nez ou nariguera qui permettra au héros d’avancer dans la mer sans se noyer. En échange, Ai Apaec lui remet un sac avec des haricots Lima blancs et noirs, symbole d’abondance, de régénération.


Après, il rencontre l’Homme-Poisson-globe qui porte une coiffe aux pouvoirs du Hibou qui lui permet de voir dans l’obscurité et il porte des boucles d’oreille qui protègent ses oreilles. Le héros en a besoin pour atteindre les profondeurs marines. Ai Apaec échange encore ces attributs contre des haricots Lima blancs et noirs. Ce long périple dans les mondes aquatiques a marqué le héros qui apparaît sous les traits d’un vieillard.

À présent il est bien préparé pour continuer son voyage dans le monde d’en bas : il s’est raffermi avec l’armure du Grand Crabe ; il sait pêcher et nager furtivement comme la Grande Raie ; il possède les pouvoirs de respirer sous l’eau grâce à l’Homme-Oursin et de voir dans l’obscurité grâce à l’Homme-Poisson-globe.

Il a donc développé des pouvoirs internes qui lui permettront de se confronter à une mort initiatique. Immergé dans l’océan, il rencontre l’Escargot géant qu’il combat avec courage avec harpons et propulseurs. Il en fera une offrande essentielle pour le dieu de la Montagne, pour garantir le retour des eaux. L’escargot a le pouvoir de faire renaître la vie sur terre. Son corps en spirale porte le message du cycle de la vie et de la régénération de la nature.
Ai Apaec continue son voyage dans les eaux profondes, portant la coiffe du Hibou pour voir dans le noir. Là, il affronte l’être de l’Obscurité, mélange de lion de mer, de raie et de requin. Ils livrent une dure bataille et l’être des Ténèbres attrape la tête d’Ai Apaec et le décapite.

Le héros est mort et son visage cadavérique indique qu’il est devenu un habitant du monde des morts. Mais grâce à son dévouement et son courage, des oiseaux, messagers du Hanan Pacha, viennent à son secours. Un fou varié et un vautour le conduisent dans les îles où vivent les ancêtres. Avec l’aide d’une Chamane-Chouette, il récupère sa virilité.
Une fois rétabli, il s’unit à la Terre-Mère, Pachamama. Ils s’accouplent dans une union féconde sous l’arc en ciel représenté par un grand serpent à deux têtes.
De cette union naît un arbre de vie qui relie la terre au ciel : arbre mythique où poussent d’un côté les ulluchus, fruits symboliquement masculins liés au sacrifice et de l’autre, des fruits en forme de vulve symboliquement féminins qui pourraient être des nectandras.

Une fois qu’Ai Apaec a sauvé le Soleil des ténèbres, il retourne chez lui, revitalisé et vigoureux. Il se présente devant le puissant Dieu de la Montagne à qui il offre l’escargot. Le dieu garantit le retour des pluies qui alimenteront les rivières et les eaux irrigueront les champs. Ai Apaec à son tour, germe comme le piment, un aliment qui réchauffe et guérit en même temps. Et il devient également, l’épi de maïs, fruit doré issu du travail humain, qui devient chicha, la boisson préférée des dieux et qui rend joyeuses les célébrations.
Après son passage par le monde souterrain et son union avec la Terre-Mère, il devient le père des fruits germés.

Le mythe d’Ai Apaec finit comme la spirale qui achève son tour, en perpétuant le cycle de la vie dans un éternel recommencement.

2022-09-02